Toutous à Labrie enr.

Toutous à Labrie enr. L’important c’est que votre compagnon veuille revenir nous voir. Pension

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Merci ❤️

05/31/2026
05/29/2026

❤️

05/29/2026

Irrésistible

05/29/2026

Vie de chien 🤣🥰

05/28/2026

Au couple qui a déposé Sauge au refuge samedi à dix heures dix-sept en signant la fiche d’abandon avec la mention « chien en parfaite santé, ne nécessite aucun traitement médical particulier », j’aimerais vous dire ceci : trois heures après votre départ, sa glycémie était à quatre virgule huit grammes par litre.

Trois heures.

Il est entré en coma diabétique sur la table d’examen pendant que je préparais sa première injection d’insuline.

Je suis auxiliaire vétérinaire bénévole au refuge depuis onze ans. J’ai vu des chiens déposés avec des sacs trop pleins, comme si on pouvait compenser l’abandon avec des couvertures propres. J’ai vu des colliers retirés dans le parking. Des gens pressés. Des gens effondrés. Des gens qui ne regardaient surtout pas derrière eux.

Mais Sauge, je m’en souviendrai autrement.

Un carlin beige de neuf ans, le museau déjà blanchi autour des plis, le souffle court, les yeux brillants d’une fatigue qui n’avait rien d’ordinaire. Quand vous l’avez tiré par le collier jusqu’au bureau d’accueil, il n’a pas résisté. Il suivait, lentement, comme un chien qui avait compris avant tout le monde que demander ne servirait à rien.

Pas un aboiement.

Pas un grognement.

Même pas un mouvement vers la porte quand vous êtes repartis.

Vous avez dit qu’il était en parfaite santé.

Vous avez signé.

Puis vous avez repris sa b***e bleue dans votre sac de courses après la lui avoir tendue une dernière fois, juste assez longtemps pour qu’il la sente.

Ça, je l’ai vu.

Et je n’arrive pas à l’oublier.

Sauge est resté assis près du mur, les pattes un peu écartées, comme s’il cherchait une position qui ne lui faisait pas trop mal. Sa langue dépassait à peine. Il avait cette soif terrible dans le regard, celle qui ne ressemble pas à un caprice mais à un corps qui se bat contre lui-même.

Je lui ai apporté de l’eau.

Il a bu trop vite.

Beaucoup trop vite.

Alors j’ai demandé à faire une glycémie.

Quatre virgule huit.

La pièce est devenue silencieuse d’un coup. Même les chiens du couloir semblaient loin. J’ai senti le froid du lecteur dans ma main, l’odeur de désinfectant sur la table, le petit bruit de ses griffes qui glissaient sur l’inox.

Sauge m’a regardée.

Pas avec panique.

Avec cette confiance absurde que certains gardent encore quand on leur a déjà tout pris.

Pendant que je préparais l’insuline, ses pattes ont lâché. Son corps s’est affaissé sur le côté, lourd, mou, comme si toute sa dignité venait de céder d’un seul coup. J’ai crié pour appeler la vétérinaire. On a mis la perfusion. On a chauffé ses coussinets. On lui a parlé sans arrêt pour qu’il reste accroché quelque part.

Et c’est là que j’ai ouvert le sac de croquettes que vous aviez laissé.

Royal Canin Diabetic.

Spécial chien diabétique.

Tout au fond, caché sous les croquettes, il y avait un VetPen Caninsulin jaune et bleu, l’embase fendue, et une ordonnance pliée en quatre, tachée d’huile. Datée du douze mars dernier. Au nom de Sauge. Trente unités matin et soir. Signée du Docteur D.

Quatorze mois de traitement.

Quatorze mois à savoir.

Alors non, vous n’avez pas oublié.

Vous n’avez pas mal compris.

Vous n’avez pas confié un chien en bonne santé.

Vous avez laissé un carlin diabétique sans prévenir personne, en espérant peut-être que le refuge découvre trop t**d ce que vous ne vouliez plus payer.

Je sais que les fins de mois peuvent écraser. Je sais que les médicaments coûtent cher, que la honte fait faire des choses terribles, que certaines personnes s’effondrent avant même de demander de l’aide.

Mais on ne ment pas sur une maladie pour rendre son départ plus facile.

Pas quand une vie dépend de deux injections par jour.

Sauge a passé la nuit entre la table de soins et une couverture polaire. Son souffle faisait un petit bruit mouillé. Son ventre montait à peine. Chaque fois que la vétérinaire disait « on surveille encore », j’entendais surtout ce qu’elle ne disait pas.

On avait peur de le perdre.

Vers quatre heures du matin, j’ai posé ma main près de sa tête, sans le toucher. Je voulais qu’il choisisse. Même là. Même affaibli. Même trahi.

Au bout de longues minutes, il a bougé son museau.

Un centimètre.

Puis il a posé son menton sur mes doigts.

Sa peau était chaude. Trop chaude. Mais il était encore là.

Le lendemain, il a ouvert les yeux quand j’ai froissé le sachet de compresses. Il n’a pas levé la tête. Il n’a pas cherché la porte. Il a seulement suivi ma main du regard pendant que je préparais son injection.

Comme s’il reconnaissait le geste.

Comme s’il savait que cette piqûre, au fond, n’était pas une punition.

Quand l’aiguille est entrée sous sa peau, il n’a pas bougé. Il a juste soufflé très fort par le nez, ce petit bruit de carlin épuisé qui ressemble à un soupir de vieille âme.

Puis, plus t**d, il a mangé.

Trois bouchées.

Pas plus.

Mais trois bouchées choisies, prises lentement, avec la gamelle tenue devant lui parce que ses pattes tremblaient encore.

J’ai retrouvé sa b***e bleue en photo dans son ancien dossier vétérinaire. Vous ne l’aviez même pas laissée. Peut-être que ça aussi, il fallait le reprendre. Un dernier morceau de maison pour que lui n’ait plus rien à reconnaître.

Alors une bénévole lui en a apporté une autre.

Bleue aussi.

Sauge l’a reniflée, longtemps. Il n’a pas joué. Pas encore. Il a posé une patte dessus, comme s’il voulait seulement vérifier qu’on ne la lui retirerait pas.

Depuis, son taux descend doucement. Il dort beaucoup. Il sursaute quand une voiture freine devant le portail. Il regarde chaque couple qui entre avec une attention qui fait mal, puis il repose sa tête quand ce ne sont pas vous.

Il n’a pas compris les formulaires.

Il n’a pas compris les mensonges.

Il a compris l’absence.

Mais il commence aussi à comprendre autre chose : ici, son traitement n’est pas une charge honteuse. Son âge n’est pas une faute. Sa maladie n’est pas une raison de l’effacer.

Le VetPen fendu est resté dans notre tiroir de soins, avec l’ordonnance pliée à côté.

Pas pour accuser tous ceux qui n’arrivent plus à payer.

Pour se souvenir qu’un animal malade n’a pas besoin qu’on lui promette l’impossible.

Il a besoin qu’on dise la vérité à temps.

Sauge dort maintenant sous la lampe chauffante, sa nouvelle b***e bleue coincée contre son ventre. Son souffle est encore irrégulier, mais il est là.

Et parfois, rester là, après qu’on vous a abandonné au bord du pire, c’est déjà une forme immense de victoire.

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